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Cameroun,Enlèvement des Sept Français Toute la lumière sur la Secte Islamiste Boko Haram mai 28 2013

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Souvent qualifié de « democrazy » (démocratie folle) en raison de l’agitation sociale et culturelle qui le caractérise, le Nigeria s’est fabriqué un monstre avec pour objectif de tuer quiconque ne veut pas adhérer à l’Islam. Il s’incruste au Cameroun comme dans la plupart des pays voisins de celui de Goodluck Jonathan.

Boko Haram, à ses débuts, il y a douze ans, n’était qu’un mouvement religieux contestataire qui tentait de combler le vide créé par l’incurie des partis progressistes. Il a bénéficié de la misère ambiante au Nigéria pour répandre ses tentacules. Le fossé issu de l’absence de dialogue des appareils politiques — du Parti démocratique du peuple (People’s Democratic Party, PDP), au pouvoir, à l’opposition nordiste, le Parti de tous les peuples du Nigeria (All Nigeria People’s Party, ANPP) — et les milieux militaro-sécuritaires qui conseillent le président Goodluck Jonathan ont contribué à radicaliser la secte née dans le nord-est du pays au début des années 2000.

Endoctrinement

 Férocement réprimée, la Jama’atu Ahlul Sunna Lidda’awati Wal Jihad (communauté des disciples pour la propagation de la guerre sainte et de l’islam) est dorénavant connue par deux initiales : BH pour Boko Haram — « book » en pidgin English, et « interdit » en arabe, l’expression signifiant le rejet d’un enseignement perverti par l’occidentalisation. Entre juillet 2009 et début février 2011, elle a revendiqué cent soixante-quatre attaques, attentats-suicides, exécutions et braquages perpétrés jusqu’au cœur de la capitale fédérale, Abuja ; Au total, dans le nord et le centre du Nigeria, les violences attribuées à Boko Haram et leur répression sanglante par les forces de l’ordre ont fait environ 3 000 morts depuis 2009.

La notoriété de Boko Haram n’échappe ni aux membres d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) ni aux shebab (combattants islamistes) de Somalie qui, de fil en aiguille se lie d’amitié. Le groupe s’agrandit et étend ses tentacules et recrute ses adhérents  dans tous les milieux islamistes portés vers un islam  radical et rigoriste.  L’organisation se politise et attire des jeunes étudiants en rupture de ban à l’université, la vieille école occidentale. Ils prônent la charia et rejettent la modernité. « L’éducation Occidentale étant considérée comme un péché ». Boko Haram est fondé en 2002 par Mohamed Yusuf, prédicateur radical, à Maiduguri, capitale de l’État de Borno. C’est d’abord une mosquée dotée d’une école coranique où les familles pauvres peuvent envoyer leurs enfants.

De 2004 à 2009, des heurts souvent violents opposent ses militants aux forces de sécurité. Le gouvernement sous-estime le danger et prend la secte pour un groupuscule d’illuminés sans soutien. En 2006, Mohamed Yusuf fait l’objet d’une enquête pour activités supposées illégales, mais l’instruction est abandonnée. Il est arrêté à plusieurs reprises, notamment le 13 novembre 2008, pour « rassemblements illégaux » et « troubles à l’ordre public », mais relaxé sur décision de la cour. Le 30 juillet 2009, les forces de sécurité infligent une sérieuse défaite aux fondamentalistes et les chassent de la capitale de l’État de Borno. Le bilan des combats s’élève à plus de 700 morts, dont au moins 300 militants islamistes. Mohamed Yusuf, capturé par l’armée à Maiduguri, est exécuté par la police.

À partir d’avril 2011, le groupe multiplie les attentats à la bombe contre des églises chrétiennes, des gares, des hôtels, débits de boisson et des bâtiments officiels, représentation des nations unies. L’élection présidentielle de mai et la victoire de Goodluck Jonathan , un chrétien du Sud envenime la situation. Les populations du nord –Cameroun frontalières avec le Nigéria partagent une même culture, une même histoire, et des liens de vie si profondément ancrés qu’il est presque difficile de séparer un nigérian du nord de celui du nord cameroun. La porosité des frontières camerounaises facilite l’incrustation de Boko Haram au Nord Cameroun.

Frontières poreuses

Les frontières d’Afrique centrale sont poreuses. En octobre 2004, des membres de Boko Haram attaquent un convoi de soixante policiers près de Kala Balge, à la frontière du Tchad. Pris en otage, douze agents y perdent la vie. Au cameroun, la situation est plus grave, à l’Est, les incursions des bandes armées sont fréquentes, rapts et assassinats sont considérés par certains comme des faits divers qui n’émeuvent plus. L’enlèvement des français est la preuve s’il fallait que la sécurité des personnes et des biens n’est pas assurée. Une poignée d’hommes ont réussi à entrer au cameroun, à enlever des otages et à traverser la frontière dans le sens inverse. Cela s’est il fait sans complicité ? Difficile de le dire tant  les rumeurs de collusion entre Boko Haram et les chefs religieux   du nord Cameroun meublent les débats. Il faut voir cela comme un signe des moyens que certains sont prêts à tout utiliser pour obtenir pouvoir et richesse. Pour Shanda Tonme « c’est l’imprudence, la légèreté, l’ignorance et une certaine arrogance de quelques individus, nationaux et étrangers, qui persistent à ne refuser l’évidence des graves dysfonctionnements institutionnels, sociaux et politiques, qui ont fini par fragiliser complètement notre pays, et par conséquent à rendre son territoire vulnérable à toutes sortes d’aventures. Pour peu que des gens vivant au Cameroun aient un peu d’intelligence, ils ne se risqueraient pas à aller faire du tourisme dans le Grand nord du pays dont il n’est presque plus exagéré de dire que l’Etat n’y contrôle vraiment plus grand chose. Non seulement, des armes y circulent à profusion, mais plus grave, il est maintenant difficile de certifier qui est Camerounais là-bas et qui ne l’est pas ».  Assène t’il et de poursuivre  « c’est la consécration ou alors la rançon de notre attentisme, notre absence des jeux sécuritaires complets à l’échelle sous-régionale et régionale, et notre inconscience des dangers qui nous guettent depuis longtemps. Il me semble que par rapport au Nigeria ou vis-à-vis de ce grand voisin, nous ne prenons pas ou plus la mesure de l’importance de relations étroites, suivies et qualifiées ». Pour finir il s’agit «  de  la décomposition ou alors la faiblesse structurelle chronique des outils politiques, juridiques et sécuritaires de l’Etat dans la partie septentrionale du pays » conclut le spécialiste des relations internationales.

Armand Ougock






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