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Interview avril 27 2012

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Stéphane Akoa

« Une des faiblesses de cette opération « épervier » est qu’elle se noie dans ses contradictions et  se perd dans les confusions. »

Professeur, c’est quoi l’opération épervier ?

 J’ai  vraiment  beaucoup de mal à déterminer exactement  de manière objective ce qui est appelé couramment au Cameroun l’ « opération épervier ». Il me semble effectivement qu’on a repéré ainsi que des individus, des personnalités jadis,  auraient été interpellées sur la base d’un certain nombre d’accusations, notamment des fraudes et des détournements des deniers publics qu’on qualifie de prévarifications. Cet ensemble d’arrestations constituent de ce que d’aucuns appelleraient « épervier », du nom d’un volatile réputé pour sa rapidité. Maintenant, par rapport aux missions de cette opération, il nous semble plus difficile de les définir exactement. Nous n’avons pas d’indications de la part du gouvernement sur les questions de la nature de ladite opération. Nous n’avons jamais eu d’annonce officielle du rôle assigné à l’opération épervier. Encore moins des textes spécifiques relatifs à des missions d’une opération dite « épervier ». Encore qu’il n’a jamais été dit officiellement que tel procureur ou telle équipe du Ministère de la justice, avec des moyens destinés au préalable à traquer des gestionnaires indélicats de la fortune publique, seraient affectés à une structure de ce genre.

A vous écouter, on a comme l’impression que c’est une opération illégale ?

En principe, sur le plan de la légalité, il devrait avoir des éléments de preuve  en vue d’établir la culpabilité d’un individu  pour enclencher le processus judiciaire. C’est normal. Il faut que les prévenus répondent de leurs actes dans la gestion quotidienne de la fortune publique. Ce mécanisme là n’est absolument pas discutable en soi.  L’on peut néanmoins déplorer le fait que certaines personnes sont convoquées devant les commissions administratives devant répondre de leur gestion avec un type de sanctions fixées tandis que d’autres, par contre elles, sont convoquées à la police judiciaire et traînées au parquet et emballées dans une procédure politico-judiciaire.

Est-ce à dire que c’est une opération à tête chercheuse, qui torpille le principe de l’égalité devant la justice ?

Le fait de la pluralité des actions intentées avec une multitude d’instituions compliquent davantage la nature des opérations comme celles à propos de la quelle nous parlons. Vous avez la Conac, l’Anif, le contrôle supérieur de l’Etat, police judiciaire voire les éléments de la justice qui engagent des actions différentes. Cette confusion de procédure donne l’impression à l’opinion publique, à l’observateur ou au grand publique, qu’il y’a quelque part une inégalité dans le traitement des affaires qui relèvent du grand chapitre de la lutte contre la corruption.  Mais là c’est une appréciation que nous avons de l’extérieur. Maintenant de l’intérieur, ceux qui engagent les actions contre les gestionnaires auraient des éléments suffisamment probants pour engager des procédures. Ceci, sur le fait des éléments qu’ils possèdent que nous n’avons pas, nous qui sommes à l’extérieur de la procédure. C’est certainement eux qui savent les  procédures adaptées, en fonction des cas. Les gestionnaires qui passent devant  le contrôle supérieur de l’Etat le sont en fonction du degré de gravité de leurs fautes ou de l’intension qui couvre leurs faits ? On ne peut pas le dire. Et la justice  alors, à quel niveau elle intervient ? Je crois que la confusion vient de ces choses là. Elle vient d’abord de ce que le déclenchement de l’opération,  n’a pas été précédé d’une explication nécessaire du gouvernement. Et de part la qualité des moyens liés à l’action, il ya un flou qui s’est installé quelque part. Étant donné la nature du système, les gens ont tendance à faire double lecture des évènements annoncés.  Surtout que lorsqu’on regarde le temps qui s’écoule entre l’arrestation et la condamnation, on a raison d’être un peu dubitatif.

L’on a comme l’impression que cette opération est une épée de Damoclès sur la tête des concurrents politiques, qu’en pensez-vous ?

Je crois que c’est une mauvaise lecture qu’on se fait, pour oublier que les individus inquiétés ont  à un moment de leur vie et dans leur fonction posés des actes répréhensibles et à cet effet, devraient répondre de leur gestion.  On a tendance à ignorer que ces individus dans la gestion des entreprises publiques ou de l’administration, ont posé des actes qui n’étaient pas en accord avec la morale publique, des faits qui pourraient leur être opposés de manière objective. Ce qui amène à minimiser la portée des actes de la justice pour  croire qu’elle ne fait pas son boulot. C’est regrettable parce qu’on a le sentiment que le gouvernement règle les comptes aux gens indésirables pourtant ce n’est pas le cas. Il me semble aujourd’hui  probant que l’on devrait mener ce combat contre la corruption de manière forte et sans faiblesses. Finalement  une des faiblesses de cette façon de faire finit par désigner des coupables aux yeux de la justice, mais innocents aux yeux de l’opinion. On ne regarde plus ce que la justice leur reproche mais, c’est ce que le système leur reproche qui semble  prendre le pas. Ce qui parait comme un chapeau trop large aux yeux de certains. Malheureusement une des faiblesses de cette opération que  vous appelez épervier est qu’elle se noie dans ses contradictions et  se perd dans les confusions à la fois en termes de timing et également en termes d’objectifs. Ceci dans la mesure où il n’a jamais été clairement été expliqué au Camerounais ce qui était attendu de cette opération. Une opération qui n’a jamais été circonscrite dans le temps. On ne nous a jamais donné d’échéancier, on n’a jamais dit aux Camerounais à quel moment on serait arrivé au bout du processus et qu’on aura nécessairement nettoyé les écuries d’Augias.  Tous ces éléments de flou, ces éléments manquant dans la construction de l’information finissent par laisser des failles. Des éléments de suspicion, de méfiance et de défiance et finalement de déconstruction déteignent sur la qualité de cette opération.

L’actualité fait état de l’arrestation de deux personnalités de la République, Inoni Iphraïm et Marafa hamidou Yaya en l’occurrence. Certains pensent qu’il s’agit de détourner l’attention de l’opinion publique par rapport aux remous soulevés par l’adoption du code électoral, qu’en pensez-vous ?

 Qui est le juge de l’opportunité de saisine, le juge ou le magistrat ou les éléments de l’autorité publique qui ont besoin de faire valoir une qualité dans leur gestion, dans leur management ? Je crois que l’impératif aujourd’hui c’est l’épuration d’un système qui n’a pas fini de nous décevoir par la mauvaise gestion, les mauvais actes posé par un certain nombre de gestionnaires. Mais les magistrats vous diront qu’ils n’ont pas le souci de la précipitation que l’opinion publique voudrait voir faire et c’est là à mon sens qu’il se dresse un certain nombre de malentendus entre nous les citoyens dont les urgences et les impatiences ne sont pas forcément celles des dirigeants. Tous ces atermoiements finissent par faire croire que ces opérations là sont  à tête chercheuse.

Des solutions envisageables  de la lutte contre la corruption ?

 Je crois qu’au delà du caractère répressif de la sanction qui est l’objectif de cette opération, il ya aussi des mécanismes extrajudiciaires qui privilégient la prévention par le dialogue. Surtout il serait souhaitable que les fonds détenus par les prévenus soient remboursés.

 

Propos recueillis  par P.N

 

 

 

 






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