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Humeur : alcool de la Mort avril 27 2012

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 Sur le triangle national, l’alcool frelaté se vend au bord de la rue dans des conditions précaires.

 

A Mbalmayo, petite ville située à plus de quarante kilomètres de  la capitale Yaoundé, le whisky en sachet, comme dans les autres villes du Cameroun, est très sollicité. Ekobena M, la quarantaine dépassée, planteur à la maigreur inquiétante, consomme nous dit-il, deux sachets chaque matin, pour commencer sa journée. Pour lui,  c’est son stimulant. Parfois, il ne prend son repas que sur insistance de son épouse. Il commence et termine sa journée par la consommation du whisky vendu en sachet qu’il garde par devers lui, dans une poche de son pantalon, ou dans son sac. Ses lèvres, rougies par l’alcool ont perdu le sens du goût. Affaibli, il ne dispose plus d’assez d’énergie pour travailler. Sa progéniture vit dans une précarité pitoyable. Nombreux sont des compatriotes qui vivent la même situation qu’Ekobena M. Dans les villes et campagnes camerounaises, l’alcool fait beaucoup de ravages. Qu’on l’appelle Odontol, Arki, Bili-Bili, Lion d’or ou Fighter, les boissons frelatés, sont toutes de composition douteuse et, parfois, d’origine inconnue. Sans scrupule, des commerçants véreux continuent à les distribuer. Très souvent, sur l’emballage, rien n’indique le degré d’alcool par volume, ni les constituants utilisés. Conscient de l’indulgence dont il a fait preuve, le gouvernement a tenté plusieurs fois d’interdire leur commercialisation sur le territoire national. Les décisions ministérielles prises  pour combattre le mal n’ont pas pour l’instant réussi à le faire reculer. Au ministère de la santé publique, il n’y a  pas une véritable politique de lutte contre l’alcoolisme. Les centres de désintoxication sont inexistants.  Les médecins eux, sont formés pour lutter contre les maladies plus « graves ». Renvoyant aux calendes grecques le mal que constitue l’alcoolisme. Tout se passe comme si c’était plus une affaire individuelle, pourtant le fléau a d’énormes conséquences dans notre société.    D’ailleurs, il n’est pas rare de trouver au sein du personnel soignant des infirmiers en état d’ébriété, en plein exercice de leur fonction. Certains centres de santé sont même bâtis près des débits de boisson.

Banalisation

Les populations sont des victimes inconscientes du « marketing agressif » des sociétés brassicoles.  Ces industries voient leurs chiffres d’affaires accroitre, malgré la crise économique. Tout comme le prix de la bouteille  la bière. La plus grande d’entre elles, la société anonyme des brasseries du Cameroun (Sabc), filiale du groupe Castel, produit près de 4 millions d’hectolitres par an. Et, détient plus de 80% des parts du marché. Guinness Cameroun Sa(Gcsa) spécialisé dans les bières brunes, est deuxième sur le marché national, et, possède plus de 13% de ce même marché. Elle fait en ce moment un bras de fer avec le ministère du commerce pour l’augmentation de sa grille de prix. L’union Camerounaise des brasseries n’est pas en reste. Toutes, elles investissent des sommes colossales dans les domaines très prisés des camerounais. Qui ne se souvient des grandes campagnes publicitaires de Samuel Eto’o footballeur à la réputation établie avec la marque Guinness ? L’Ucb et la Sabc sont présentes dans la formation de nombreux jeunes qui connaissent des carrières très glorieuses dans les championnats européens. A côté de ces industries, les importations de bières étrangères connaissent un essor fulgurant. Elles se vendent comme une panacée. Conséquence logique, la consommation d’alcool a augmenté. Selon une étude de l’organisation mondiale de la santé, (Oms), près de 100 litres de bière par an et par habitant, sont consommés en moyenne au Cameroun chaque année. Toujours selon la même étude, pour compenser le déficit  alimentaire causé par l’utilisation  de plus de 40 % du maïs produit localement, pour la fabrication de bière, notre pays importe annuellement plus de 8000 tonnes de cette précieuse denrée. Par exemple, La consommation de l’alcool à base de mil, en zone musulmane a été évaluée à 350 litres par an et par habitant. Hubert Mono Ndzana,  pense que « l’alcool au Cameroun, c’est comme les églises de réveil. Ça nous sert de dérivatif. De plus en plus de personnes boivent ou vont à l’église, pour fuir le quotidien». Le mal est tel qu’il doit devenir un problème de santé publique. Comment comprendre donc la banalisation inquiétante qui est faite autour de la distribution de l’alcool frelaté au Cameroun ? Peut-on dénombrer le nombre de débits de boisson au mètre carré dans notre pays ? À la préfecture du Mfoundi, il est plus facile d’obtenir l’autorisation d’ouverture d’un débit de boisson que celle de création d’une association.  Le commerce de l’alcool s’est vite retrouvé dans la rue entre des mains inexpertes et parfois innocentes, au mépris de toute réglementation.  De nombreux compatriotes trouvent la mort simplement après avoir consommé un whisky d’origine inconnue. Vivement, que les autorités se saisissent en urgence de cette situation pour mettre un frein dans un secteur ou, le désordre s’est installé.

 

Armand Ougock

 

 

 




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